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07 mai 2008

Magistrat délégué à la communication

Son rôle et ses missions

Les fonctions de magistrat délégué à la communication (MDC) ont été créées courant 2003 à l'initiative du Service Centrale d'Information et de Communication (SCICOM) du Ministère de la Justice. Ces magistrats sont chargés, dans chaque cour d'appel, de participer aux actions destinées à mieux faire connaître au grand public le fonctionnement l'institution judiciaire et de développer la communication interne. M. Jean-Yves LOURGOUILLOUX, secrétaire général du parquet général, a occupé ces fonctions pendant plus de 4 ans au sein de la Cour d'appel. Son départ est l'occasion de revenir avec lui sur le rôle et les missions du MDC. Interview.

Petit-déjeuner avec la presse

 

 

 Petit-déjeuner avec la presse régionale en mars 2008

 

Depuis combien de temps êtes-vousMDC et comment le devient-on ?

Lorsque j'ai pris mes fonctions de secrétaire général du parquet général en janvier 2004, les chefs de Cour m'ont proposé d'occuper ces fonctions, nouvellement créées, avec Mme Marie-Claude BERENGER, secrétaire général de la Première Présidence.

J'ai bien évidemment accepté car il s'agissait d'une expérience nouvelle qui consistait à contribuer à une meilleure connaissance de l'institution judiciaire.
Comme beaucoup de collègues, je pestais souvent devant la télévision ou à la lecture du journal et j'étais surpris par la méconnaissance du fonctionnement de la Justice par le grand public. Je me suis donc dit que c'était une occasion, même modestement, de contribuer à mieux faire connaître l'institution judiciaire et à valoriser ses actions positives, souvent mal connues et quasiment jamais mises en valeur. Par ailleurs, j'ai toujours pensé que l'amélioration de la communication interne au sein des juridictions était de nature à favoriser le sentiment d'appartenance à une même institution et à désarmorcer d'éventuelles difficultés.

Les MDC sont désignés par le SCICOM, sur proposition des chefs de Cour. Le plus souvent, il y en a deux par Cour, l'un au Siège, l'un au parquet. Il s'agit souvent des secrétaires généraux car, par leurs fonctions, ils peuvent plus aisément avoir accés aux chefs de Cour sous l'autorité desquels ils agissent. La position des chefs de Cour quant à l'attitude à adopter face aux médias est donc capitale dans le degré d'autonomie dont dispose le MDC. Pour ce qui nous concerne, les chefs de Cour se sont toujours montrés particulièrement ouverts mais toujours, bien évidemment, dans les limites fixées par la loi.

Quel est le rôle du MDC?

Officiellement, il s'agit de mettre en oeuvre, au plan local, la politique de communication du ministère de la Justice et d'élaborer un plan de communication pour la Cour d'appel.

Il y a donc deux aspects : relayer sur le terrain des actions initiées au plan national et mener directement au niveau de la Cour des actions que l'on aura soit même définies.

L'objectif est également double : améliorer la connaissance du fonctionnement de la Justice de la part du grand public et développer des actions de communication interne au profit des juridictions.

Concrétement, j'ai participé à la mise en oeuvre d'actions de communications nationales : "voyage au coeur de la Justice", action menée auprès des collégiens, "Pour vous la Justice avance", action destinée à faire connaître les initiatives prises pour rendre la Justice plus facile, accessible et rapide, "Les Journées Interdirectionnelles", destinées à favoriser les échanges entres les personnels des trois grandes directions que sont la DSJ, la DPJJ et la DAP.

C'est surtout au plan local que les MDC peuvent prendre des initiatives. Avec l'aval des chefs de Cour, Mme BERENGER et moi-même avons mis en place en 2006 les "petits-déjeuners avec la presse quotidienne régionale" afin de mieux faire connaître les actions menées au niveau de la Cour sur des thèmes aussi divers que le traitement judiciaire des incendies de forêt, la délinquance des mineurs, les tutelles, le divorce et la médiation familiale, les alternatives à l'emprisonnement et les aménagements de peine, les magistrats non professionnels (assesseurs d'assises, des TPE, juge de proximité...), les nouvelles technologies au service de la justice, et, dernièrement, l'apport de la police technique et scientifique en matière criminelle. Il s'agissait, à travers les médias et avec l'aide de praticiens (magistrats, fonctionnaires, partenaires extérieurs), de mieux faire connaître ces domaines et de valoriser les actions que nous menons. Nous en sommes à la 7éme édition.

Mais le MDC s'occupe encore de beaucoup d'autres choses : actions menées en direction des colléges et lycées, préparation et organisation des procés médiatiques (affaire Agnelet, affaire des comptes de l'OM, affaire du meurtre de Gofhrane, affaire du bus incendié de Marseille, affaire Mariani et, trés récemment, affaire du meurtre de la petite Madison...), traitement des demandes de reportages et de tournages, relations avec la presse (suivie de l'agenda judiciaire, demandes diverses en matière de décisions de justice), participation à des entretiens ou des émissions télévisées sur des thèmes particuliers, développement des relations avec des partenaires extérieurs, notamment la faculté de Droit d'Aix (un projet de parrainage avec le Master de Journalisme Juridique est à l'étude), création du site Intranet (mis en ligne en décembre 2007) et du site Internet de la Cour (lancement prévu courant du mois de mai)...

Par contre, il est un domaine dont ne s'occupe pas le MDC : la communication sur des affaires particulières. Il n'y a aucune ambiguïté sur ce terrain là, conformément aux textes il s'agit du domaine de compétence propre du procureur de la République.

Quels sont les critères pour être un bon MDC ?

Je ne sais pas s'il existe un profil type mais ce qui est sûr c'est qu'il ne faut avoir aucun a priori envers la presse. Comme dans toute profession, certains exerçent leur métier de manière plus rigoureuse que d'autres. Mais je dois reconnaître que dans leur grande majorité les journalistes sont de grands professionnels, mais à condition que de notre côté on joue le jeu. Rien n'est pire que de ne pas communiquer. On ne peut pas dans le même temps refuser de communiquer puis se plaindre qu'un sujet n'est pas traité correctement par les médias. Il s'agit donc avant tout d'établir un rapport de confiance. Chacun trouve son compte. Ce que cherchent les journalistes c'est avant tout un interlocuteur. Cela se voit notamment lors des grands procès. A partir du moment où ils savent à qui s'adresser et que les règles sont posées clairement dès le départ, chacun respecte les contraintes de l'autre. Et il faut parfois admettre qu'un journaliste puisse avoir une opinion différente de la notre. Le tout c'est de pouvoir être ouvert au dialogue. Il m'est arrivé à plusieurs reprises d'avoir de longues discussions, toujours constructives, sur une divergence d'interprétation portant sur un article ou un reportage.

Pour résumer, il faut donc plutôt être disponible (ce qui n'est pas toujours facile), avoir le sens du dialogue et des relations humaines et connaître les techniques de base de la communication. En ce sens, l'apport du SCICOM est capital car il propose à chaque MDC une formation compléte afin de savoir gérer les relations avec la presse, savoir répondre à une interview, participer à un débat, organiser une conférence de presse, rédiger un communiqué de presse...

Un jour, j'ai été amené à participer à un débat diffusé sur l'ensemble de la région PACA en direct sur le thème de la sécurité routière. Ma plus grande fierté était de constater que sur le plateau j'étais l'invité le moins stressé et je pense que cela s'est ressenti dans le message. Pourquoi ? Parceque la formation que j'avais suivie et les techniques qui m'avaient été données m'avaient mis en confiance. La caméra fait peur. Il faut donc arriver à l'apprivoiser, voire à l'oublier.

Au bout du compte, quels enseignements tirez vous de ces 4 années ?

Incontestablement une expérience trés enrichissante. Difficile aujourd'hui d'échapper aux médias, donc autant les connaître, connaître leurs contraintes et maîtriser cet outil de communication. La communication n'est bien évidemment pas une fin en soi. Mais elle est aujourd'hui indispensable pour faire passer des messages.

Il y a encore plein de projets à mener à terme, à commencer par le site Internet, ou à initier. Ce n'est pas facile car la fonction de MDC n'est que l'une des multiples casquettes du magistrat qui s'en occupe. Bien sûr, on manque de temps et de moyens pour vouloir faire tout ce que l'on voudrait mais je sais que M. KIRIAKIDES, substitut général qui me remplace, et Mme BERENGER continueront à mener ces actions en faveur de la communication.

Je retiendrai enfin l'excellence des relations que j'ai pu entretenir avec le SCICOM, toujours prêt à apporter son aide, son expertise au profit des juridictions. Je profite d'ailleurs de cette occasion pour souligner, sincèrement, le professionnalisme, la disponibilité et le dynamisme de tous ceux avec qui j'ai été amené à travailler.

Interview réalisée par Mlle Aurélie Rossius
Diplômée du master 2 de Journalisme Juridique,
Assistante de justice

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